Meryem Benmbarek, ses voix de femmes

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Meryem Benmbarek

Audacieuse, débordante de créativité communicative, Meryem Benmbarek a signé « Jennah », court-métrage féminin détonnant sur les questionnements liés à l'adolescence à travers le regard d'une jeune fille pleine de sensibilité. Cette pépite remarquée par la profession et le public, a représenté le Maroc aux Oscars 2015.

e-taqafa : Comment est née l'idée de ce film?

Meryem Benmbarek : Il évoque l'exploration de l'adolescence. L'idée est simplement née de l'envie d'explorer ce thème à travers des thématiques très personnelles telles que le deuil ou l'absence. J'ai choisi de mettre en scène le personnage d'une jeune adolescente de 13 ans, Jennah, qui vit seule avec sa mère. Elle grandit en cherchant sa place entre l'image de la féminité que lui renvoient sa mère et l'absence de son père.

e-taqafa : La jeune actrice est très convaincante, qu'est-ce qui vous a plu en elle ?

Meryem Benmbarek : Lorsque j'ai rencontré Tiziana en casting la première fois, j'ai tout de suite été fascinée par "l'entre deux" dans lequel elle semblait être à ce moment précis de sa vie. C'était dès lors, évident pour moi de voir le personnage de Jennah à travers elle. Elle avait toute l'insolence et la naïveté d'une enfant dans un corps et une allure de jeune femme : ce que je cherchais pour ce film! Tiziana dégage aussi un rare charisme. Elle a un visage très cinégénique qui est du clairement à ce regard très observateur qu'elle impose durant tout le film. Cet élément me permettait alors de me projeter à travers le personnage de Jennah.

e-taqafa : Le travail du chef opérateur est vraiment à saluer, ce beau jeu de lumière et de couleur féminine qui traverse le film...

Meryem Benmbarek : Je n'ai aucun mépris pour l'esthétique de l'image. Parler en termes de cinéma c'est utiliser les armes que nous offrent l'image et le son. Dans ce film, on est au cœur du réalisme social, il n'était donc pas question pour moi d'appuyer ce genre par une forme insipide ou grise : les différentes questions que posent ce film gravitent autour de l'adolescence et la féminité. Il fallait trouver une forme visuelle qui serve le fond du film. Avec le chef opérateur du film, nous étions en accord sur les couleurs et les tons à donner. Le rose et le bleu sont très présents, pour apporter un visuel très pop, féminin et assumé. La seule contrainte étant celle du budget assez réduit, il a fallu redoubler de ruse pour essayer d'être le plus insolent et inventif : un vrai challenge mais un véritable bonheur de concevoir un film avec une personne qui ne se limite pas dans sa créativité.

e-taqafa : Avez-vous envie de venir tourner au Maroc un prochain film?

Meryem Benmbarek : J'ai prévu de tourner bientôt à Tanger. J'écris actuellement mon premier long métrage avec l'écrivain Abdel Hafed Benotman, un road movie qui réunit un couple au sein d'une histoire bouleversante et inattendue, qui les fera quitter Paris en voiture pour arriver à Tanger. Le Maroc m'inspire beaucoup par son énergie et la lumière qu'il offre. Il m'inspire également, puisque j'y ai vécu mes premiers chocs visuels, auditifs, olfactifs, émotionnels...

e-taqafa : Que vous a inspiré l'annonce des Oscars pour votre film?

Meryem Benmbarek : Un réel encouragement pour moi-même et mon équipe. C'est un encouragement pour tous les jeunes artistes que je connais et dont j'admire le travail et qui se battent tout les jours pour atteindre leurs objectifs. Gagner cette sélection me pousse à continuer à croire que tout est possible lorsqu'on ne se fixe pas de limites : ni en rêvant ni face au travail.

e-taqafa : Parlez-nous de votre futur long-métrage...

Meryem Benmbarek : Il s’agit d’un conte contemporain un peu rock qui met en scène deux amants vivant en dehors du temps et de l’espace, Malik et Krystha. Malik est habité par une étrange peur de disparaître, Krystha prendra en charge sa peur et va le guérir en l’entraînant dans le royaume de l’autre côté de la mer : le Maroc. Les espaces et les frontières sont effacés afin de mettre en avant la forme du conte, l’intrigue et les personnages, ancrés dans un réalisme social très aigu.

e-taqafa : Vous allez aussi tourner un autre film à Tanger ?

Meryem Benmbarek : Je n’ai pas encore eu l’opportunité d’expérimenter un tournage au Maroc mais je prévois de tourner mon prochain court métrage à Tanger en darija. Je collabore à la cinémathèque de Tanger, qui fait un travail absolument remarquable. Jusqu'ici le rapport que j’entretenais avec le Maroc était uniquement basé sur les liens affectifs, familiaux, amicaux. A présent, j'ai conscience du travail à y mener en tant que cinéaste.

Trailer Jennah

Propos recueillis par Fouzia Marouf