Chikhates et femmes insoumises

Image de couverture: 

2- L’Aïta, acte de résistance

Si l’Aïta trouve ses origines dans les variations climatiques et saisonnières, elle est aussi le miroir d’une résistance : résistance aux préjugés, (l’Aïta représentée comme un chant de la « populace » et des bas-fonds), résistance à l’absolutisme de certains caïds qui voulaient assujettir les tribus. Les femmes ont été les premières à monter au créneau pour faire face à ces derniers. L’exemple de Kharboucha peut être élevé au rang de mythe. Kharboucha de son vrai nom Hadda El Ghiatia, est issue de la tribu de Ouled Zid, région de Safi. C’est une insoumise née. Elle tint tête au caïd Aïssa Ben Omar. Humilié, ce dernier se vengea de cet affront en massacrant toutes les femmes. Chikha Kharboucha dénonça ouvertement dans des chansons au ton frontal sa barbarie et son comportement sanguinaire. Elle lança un appel aux hommes pour prendre les armes et se venger des méfaits du Caïd. La fin tragique de Kharboucha restera un épilogue légendaire des plus douloureux : pour la faire taire à jamais, le caïd Aïssa Ben Omar l’invita à animer une soirée chez lui. Loin d’avoir peur, elle interpréta sa fameuse chanson « Kharboucha ». A la fin, le caïd ordonna de l’emmurer vivante. Dans le registre de l’Aïta, la chanson « Kharboucha » restera un cri de rage contre l’arbitraire de la féodalité et un hymne à la femme. Si L’Aïta est un art féminin de la guerre, elle est également un art de l’amour. En cela elle prolonge le registre poétique, érotique et bachique. Les voix fortes et emblématiques dans ce registre sont Fatna Bent El Houssine, Hajja Hammounia, Hadda Ouakki, Bouchaïb Bidaoui, et bien évidemment Khadija Margoum et Khadija Bidaouia. Des points communs se donnent en partagent dans le parcours et le destin de ces chikhates : le joug paternel voire patriarcal, l’asservissement, la soif de liberté, la fugue et la découverte de l’univers de la musique etc… Ce genre d’histoire où se mêlent fatalité et hasard est commun à de nombreuses chikhates, telle Hadda Ouakki, Hajja Hammounia, et plus près de nous, Najat Aatabou ou Daoudia.

pagination: