Le regard contemplatif du photographe Mustapha Taiau s’arrête sur les reliefs des formes polies par le vent, façonnées par les marées ou creusées par l’inlassable mouvement de l’eau. Il capture leur beauté entre puissance et délicatesse et tente de préserver la poésie de leur présence.
e-taqafa : Pourquoi le titre sculptures érosives ?
MustaphaTaiau : La nature sculpte, transforme, refaçonne sans cesse les formes. Les éléments entrent dans une relation presque amoureuse avec la matière. Ils travaillent lentement ces formes, les érodent, mais les font renaître autrement. Et lorsqu’on décompose le mot « érosives », on entend déjà « Éros ». Il y a donc, au fond, une dialectique « charnelle » dans ce rapport entre les éléments et la matière : une tension, une caresse parfois violente, qui produit autre chose, une forme nouvelle.
e-taqafa : Comment vous est venue l’idée de saisir ces photographies ?
Mustapha Taiau : Je suis un grand promeneur solitaire. Mais au lieu de me confesser comme Jean-Jacques Rousseau, je m’arrête devant les scènes que la nature offre à celui qui prend encore le temps de regarder. Je les saisis d’abord intérieurement, puis j’essaie de les fixer, dans une forme d’éternité dérisoire, à travers l’objectif de mon portable.
e-taqafa : Comment est né ce rapprochement avec la nature ?
Mustapha Taiau : La nature est d’abord une rencontre avec soi-même. Elle permet parfois de mieux vivre avec les autres. Face à elle, on prend conscience à la fois de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. La nature oblige à ralentir et, parfois même, à élever l’esprit.
e-taqafa : L’observation et la sensibilité sont-elles importantes pour capter la beauté ?
Mustapha Taiau : La beauté est déjà en nous. Elle devient encore plus vaste lorsque nous commençons à interagir avec la nature, dont nous faisons déjà partie. Le mot « observation » me paraît appartenir davantage au laboratoire qu’à l’univers de la création. Un artiste ne se contente pas d’observer : il se laisse traverser par ce qui l’entoure afin d’en révéler l’essence.
e-taqafa : Comment sélectionnez-vous le sujet photographique ?
Mustapha Taiau : À dire vrai, je ne sélectionne pas vraiment. Je me laisse happer par ce qui est là, mais qui ne cesse de se dérober et d’advenir à la fois. Le tri vient plus tard, avec une certaine amertume parfois, car fixer une image, c’est déjà trahir le regard brut, premier, porté sur le monde. C’est, en quelque sorte, tuer ce qui était vivant jusque-là.
e-taqafa : Ces photographies ont-elles été capturées dans quels pays et régions ?
Mustapha Taiau : Ces photographies ont été prises dans un village situé au nord du Maroc, nommé Oued Aliane.
e-taqafa : Quelle est la région où les sculptures ont été les plus surprenantes ?
Mustapha Taiau : Toujours en bord de mer, que ce soit, comme pour les photographies exposées à Rivages, sur les côtes marocaines, ou sur les rivages plus sauvages de Bretagne.
e-taqafa : Quelles sont les techniques utilisées pour une captation réussie ?
Mustapha Taiau : Je ne raisonne jamais en termes de technique, mais plutôt en état d’esprit. La photographie naît d’abord d’une disponibilité intérieure, d’une manière d’être traversé par ce qui nous entoure. La technique n’est, même si elle est nécessaire, après tout qu’une affaire d’apprentissage.
e-taqafa : La lumière est-elle importante pour vous ?
Mustapha Taiau : La lumière et, parfois, l’obscurité constituent la syntaxe même de la photographie. Comme de la vie.
e-taqafa : Avez-vous déjà pris des photographies similaires dans d’autres régions au Maroc ?
Mustapha Taiau : Pas tout à fait les mêmes photographies. Le lieu impose toujours la prise, puisqu’il offre lui-même les scènes à capter. J’ai déjà arpenté la région de Mokrissat, vers Ouezzane, ainsi que Chefchaouen. J’ai tiré de ces randonnées des clichés plus secs, plus minéraux peut-être, que ceux pris en bord de mer.
e-taqafa : Que représente pour vous cette exposition à l’Espace Rivages ?
Mustapha Taiau : D’abord un moment de partage. Puis une manière de rendre, à travers ces clichés, une part de sa prestance à la nature.
