Abdelmotaleb Ben Zahra, un parcours entre théâtre et écriture

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Installé en Espagne depuis plus de trente ans, Abdelmotaleb Ben Zahra est un artiste aux multiples facettes, entre poésie, théâtre et écriture. Nourrie par son parcours et son engagement auprès des migrants, son œuvre interroge les questions d’identité, de migration et de condition humaine. Connu sous le nom de scène «Ben Zahra», en référence à ses racines marocaines, il est l’auteur d’un recueil en espagnol, «Rose en papier de verre au miel et à la musique», et metteur en scène de pièces telles que «La Viande halal» et «Mon Vélo rouge». Il revient sur son parcours et son univers artistique.

E-Taqafa : Qui est Abdelmotaleb Ben Zahra et quel est votre parcours ?
Abdelmotaleb Ben Zahra :
Je suis poète, écrivain, comédien et metteur en scène, installé en Espagne depuis une trentaine d’années. J’ai entamé mes études universitaires en sciences du langage, spécialité langue espagnole, à l’Université Aïn Chock de Casablanca. Après mon installation en Espagne en 1992 pour poursuivre mes études, les arts dramatiques m’ont rapidement captivé, au point de m’amener à changer d’orientation pour étudier le théâtre et l’art dramatique à Madrid. En parallèle de ma carrière artistique, je suis également engagé dans plusieurs organisations non gouvernementales œuvrant auprès des migrants et des mineurs en situation de grande vulnérabilité.

E-Taqafa : Pourquoi avoir choisi «Ben Zahra» comme nom de scène ?
Abdelmotaleb Ben Zahra :
Ce nom est un hommage à ma grand-mère Zahra et à mon père, connu sous le nom de «Ben Zahra». Ce n’est pas un simple pseudonyme, mais une part de mes racines et de mon identité, un rappel du parfum de ma maison d’enfance. C’est aussi un rappel constant de ce que je suis, d’où je viens et à qui j’appartiens.

E-Taqafa : Comment choisissez-vous les rôles que vous incarnez ?
Abdelmotaleb Ben Zahra :
En tant qu’artiste marocain vivant en Espagne, j’aborde chaque rôle avec passion et exigence. Je crois profondément que le véritable acteur est celui qui maîtrise son instrument et insuffle une âme au personnage qu’il interprète. J’ai commencé le théâtre à l’Université Aïn Chock, puis à Madrid, avant de rejoindre plusieurs troupes au Maroc et en Espagne. Cette diversité d’expériences a forgé une sensibilité singulière et une maturité artistique riche.

E-Taqafa : Que raconte votre recueil «Rose en papier de verre au miel et à la musique» ?
Abdelmotaleb Ben Zahra :
Ce recueil est une forme d’autobiographie retraçant trente années de vie en Espagne. Chaque poème est un témoignage des épreuves douloureuses que j’ai traversées, ou que traversent encore de nombreux migrants et mineurs en situation précaire. Il évoque la douleur, la souffrance, l’exil intérieur, la schizophrénie, mais porte aussi des messages de force, de patience et de résilience. Le titre juxtapose la rugosité et la douceur, la blessure et la caresse, à l’image même de la vie du migrant.

E-Taqafa : Quels thèmes abordent vos pièces théâtrales «La Viande halal» et «Mon Vélo rouge» ?
Abdelmotaleb Ben Zahra :
La Viande halal explore l’hypocrisie morale et l’opportunisme présents dans certaines sociétés occidentales, en particulier chez ceux qui instrumentalisent l’islam à des fins personnelles. Il s’agit d’une comédie racontant l’histoire d’un Espagnol souhaitant se convertir à l’islam pour pratiquer la polygamie. Le personnage de «Karim» y révèle la portée véritable des valeurs humaines et spirituelles de l’islam. Quant à Mon Vélo rouge, c’est une pièce profonde qui traite des classes sociales, de la solitude et de l’isolement, tout en soulignant l’importance d’écouter autrui. Elle propose également une critique acerbe du matérialisme et de la vénération de l’argent au détriment des valeurs humaines.

E-Taqafa : Vos origines marocaines influencent-elles votre travail ?
Abdelmotaleb Ben Zahra :
Sans aucun doute. Mes racines marocaines sont omniprésentes dans ma vie et dans mon travail, à travers les valeurs, la morale et l’éducation qui m’ont façonné. Je m’efforce de représenter dignement la culture marocaine au sein de la société espagnole, d’autant que le Maroc et l’Espagne partagent de nombreux liens et affinités.

E-Taqafa : Quels sont vos projets actuels ?
Abdelmotaleb Ben Zahra :
Je travaille actuellement à la mise en scène de deux pièces que j’ai écrites en 2014 et 2016. J’espère qu’elles verront bientôt le jour sur les scènes espagnoles et qu’elles recevront l’attention qu’elles méritent.