Habib Farroukh, griot berbère de Bab El West

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Chanteur et guitariste charismatique de Bab El West, Habib retrace les jalons de ce groupe qui impose un nouveau dialogue hérité de musique traditionnelle en signant un premier album remarqué intitulé « Douar ». Sourire en bannière, énergie communicative, Habib Farroukh, a une riche expérience de voyageur, forgée, entre le Maroc et la France. Enfant des sables, il a passé sa jeunesse à Aït Ourir, un petit village situé dans la région de Marrakech où les rythmes berbères, africains n'ont jamais cessé de l'inspirer et le porter au sein de la puissance évocatrice de la nature, « des vignes et des oliviers » se souvient-il. Féru de guitare, rien d'étonnant à le retrouver quelques années plus tard, chanteur, compositeur du groupe emblématique, « Bab El West », la porte de l'Ouest, nom faisant écho au Maroc, qui se trouve à « l'ouest de l'Afrique comme la Bretagne, située à l'ouest de l'Hexagone » nous précisent de concert, Clément Vallin à la contrebasse et Marc Dupont, à la batterie, musiciens hors-pair et bretons de cette fusion charismatique : mâtinée de funk, soul, pop arabe traversée de musique traditionnelle gnaoua... On retrouve de plus, Nidhal Jaoua au qanun, Hamza Bencherif à la guitare électrique et Anthony Honnet au clavier. « Douar » album événement de cette belle alliance qui séduit autant qu'elle surprend, a déjà conquis le public et la critique portés par la force de ce flow aux influences détonantes. Portés par le beau brin de voix de Habib, les titres tels des hymnes mélodiques, « Saket Saket », « Paris », ou encore « Dib » signent une empreinte aux boucles solaires avec des beats envoûtants et parfois ponctués de belles percussions. Équilibre mélodique aux notes éclectiques Séduit, le public fidèle, se réunit autour des dix titres emblématiques de Bab El West, tour à tour sur les scènes de l'Entrepôt ou au Jam de l'West ces dernières semaines : « notre devise, c'est d'aller à la rencontre du public. On joue deux, trois, quatre heures au fil d'un café-concert » nous confie Habib car « à nos débuts en Bretagne, l'ambiance de pubs irlandais a très bien collé à la tonalité des chansons en langue arabe », souligne Clément, bassiste inspiré du groupe. Si « Douar » qui fait preuve d'une évidente cohérence pourtant basé sur une orchestration variée, est sorti chez Big Banana Music et In Ouïe Distribution, le groupe est lauréat du « Grand Prix Sacem 2017 » en autoprod, dont on retient le titre phare et entraînant « Ha-Menina ». Privilégiant la densité humaine, Bab El West a également joué en milieu carcéral pour « chanter la liberté » ajoute Habib. Engagé, admiratif de Rachid Taha comme de Matoub Lounes, le chanteur rappelle l'aventure artistique mais aussi humaine de Bab El West, « on a un rôle en tant qu'artiste, faire bouger les lignes. On a un peu oublié cet aspect en France où le diktat du marketing prime à tous prix ». De son côté, Marc, évoque que « leur démarche s'inscrit dans le partage ». Quant à la femme, muse-monde à l'image de la musique, elle se retrouve au cœur de certains titres comme, « Touria », en hommage à la jeune aviatrice marocaine, disparue trop tôt. Fortement lié au Maroc, sa terre natale, dont il retient la richesse de la tradition orale, Habib avoue: « ça m'inspire pour refléter des sujets, grâce à ce côté griot, africain. Lorsque quelqu'un descend de la montagne on lui demande immanquablement de raconter une histoire, les gens de la plaine ont cette habitude ». A ce titre, Habib, aime y revenir afin d'être auprès de sa famille, « ce qui a le plus touché mon père tient au fait que j'ai gardé les mêmes amis depuis de nombreuses années » avoue-t-il. Actuellement en tournée, le groupe fait halte aux quatre coins de la France, et espère se produire dans le royaume. Bab El West chante aux confluent du monde qui nous entoure, rappelant dès lors que douar signifie, terre en arabe et doiar, petit village en breton... Fouzia Marouf