Née à Bruxelles en 2003, Inès Lamallem s’est fait connaître très jeune grâce à Santana, un premier roman publié alors qu’elle était encore adolescente et récompensé par le Prix Jeune Public Brabant Wallon de la Fondation Laure Nobels. Aujourd’hui étudiante en dernière année de formation à l’enseignement du français, elle poursuit son parcours d’écriture avec la volonté de donner une voix aux jeunes et de mettre en lumière des réalités sociales parfois peu représentées dans la littérature. À l’occasion de cet entretien, elle revient sur son parcours, ses inspirations et ses projets.
E-Taqafa : Vous avez commencé à écrire dès l’âge de 10 ans. Quels souvenirs gardez-vous de vos premiers textes ?
Inès Lamallem : Mes premiers textes, je les écrivais à la main, en classe. J’en garde un souvenir unique, car ils étaient intimement liés à tout un contexte. Je les rédigeais entre deux exercices et j’utilisais les prénoms de mes camarades ainsi que celui de mon institutrice, avant de leur faire lire mes écrits. Un an plus tard, j’ai commencé à écrire des romans sur mon ordinateur.
E-Taqafa : À seulement 14 ans, vous avez entamé l’écriture de Santana. Comment est née l’idée de ce premier roman ?
Inès Lamallem : À 14 ans, cela faisait déjà trois ans que j’écrivais des romans. Dès que j’en terminais un, j’en commençais un autre. Au départ, avec Santana, mon idée était simplement de raconter l’histoire d’un jeune homme violent et d’une jeune fille naïve qui subit cette violence. Puis, une question s’est imposée : « Pourquoi Santana est-il si violent ? » Au moment où j’écrivais ce roman, j’avais lu un livre qui abordait les violences physiques subies par de jeunes garçons. Je me suis donc inspirée de cette thématique pour développer la suite de mon histoire.
E-Taqafa : Que représentait pour vous la publication de Santana à un si jeune âge ?
Inès Lamallem : La publication de Santana représentait le rêve d’enfant qui me tenait le plus à cœur. Je n’aurais jamais imaginé qu’il se réalise, et encore moins à un âge si jeune. C’est mon premier roman et, même si aujourd’hui je lui trouve tous les défauts du monde, il reste l’une de mes plus grandes fiertés.
E-Taqafa : En 2020, vous avez reçu le Prix Jeune Public Brabant Wallon de la Fondation Laure Nobels. Quel impact cette distinction a-t-elle eu sur votre parcours ?
Inès Lamallem : Grâce à ce prix, j’ai eu la chance de participer à de nombreuses expériences, notamment des interviews, y compris à la télévision, des débats littéraires, des salons du livre ainsi que des rencontres littéraires avec des élèves.
E-Taqafa : Vos écrits accordent une place importante aux réalités vécues par les jeunes. Pourquoi ce sujet vous tient-il particulièrement à cœur ?
Inès Lamallem : Jusqu’à mes 17 ans, j’ai beaucoup lu de littérature jeunesse, mais je la trouvais très souvent édulcorée. Je m’identifiais rarement aux personnages, car ils se ressemblaient tous. On parlait peu des jeunes confrontés à des problèmes familiaux, issus de l’immigration, d’un milieu socio-économique défavorisé, ayant grandi dans une famille monoparentale ou dans un environnement marqué par la violence. Ce sujet me tient particulièrement à cœur, car je serai bientôt professeure de français et j’aimerais que mes futurs élèves prennent goût à la lecture. Mais si leurs réalités ne sont jamais abordées dans les livres, comment peuvent-ils se réconcilier avec la lecture ?
E-Taqafa : Comment votre formation en français et en FLE influence-t-elle votre rapport à la langue et à l’écriture ?
Inès Lamallem : Grâce à mes études, j’ai appris énormément de choses sur la lecture et l’écriture, en particulier en ce qui concerne les jeunes. Elles m’ont permis de mieux prendre conscience des difficultés auxquelles les élèves sont confrontés lorsqu’ils doivent lire ou produire un écrit.
E-Taqafa : Pouvez-vous nous parler de votre histoire familiale et de votre relation avec le Maroc ?
Inès Lamallem : Ma famille maternelle est originaire du Rif, plus précisément d’Al Hoceïma. Je me rends au Maroc depuis mon plus jeune âge, tous les deux ans, voire chaque année, pour rendre visite à mes grands-parents maternels. Ce pays m’est très cher : les souvenirs que j’y ai créés sont uniques et chaque moment que j’y passe reste gravé dans ma mémoire.
E-Taqafa : En quoi vos racines marocaines influencent-elles votre écriture ?
Inès Lamallem : Mes racines marocaines me rendent d’autant plus fière d’écrire et d’avoir été publiée, car j’ai grandi dans un environnement où cela semblait presque impossible. Ma mère est arrivée dans un pays qu’elle ne connaissait pas et dont elle ne parlait pas la langue. Pourtant, elle m’a toujours soutenue et accompagnée dans le cheminement qui m’a menée à la publication de mon livre, bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Je n’ai pas grandi dans une famille francophone ni dans un environnement offrant un accès facile aux activités culturelles qui auraient pu favoriser mon épanouissement dès mon plus jeune âge. Malgré cela, j’ai réussi à réaliser mon rêve.
E-Taqafa : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui rêvent d’écrire et de publier leur premier livre ?
Inès Lamallem : Si tu rêves d’être publié(e), fais en sorte que ce rêve puisse se réaliser en envoyant ton manuscrit aux maisons d’édition. Ne laisse pas tes écrits à l’abandon et ne considère pas ce projet comme quelque chose d’impossible. Essaye ! Envoie ton manuscrit. Aujourd’hui, tout peut se faire en ligne. Tu finiras par recevoir une réponse, qu’elle soit positive ou négative. Dans tous les cas, cela t’aidera à avancer.
E-Taqafa : Enfin, quels sont vos projets littéraires ?
Inès Lamallem : J’écris actuellement un nouveau roman qui abordera, une fois encore, la jeunesse, ainsi que des thèmes tels que les difficultés à l’école, la maltraitance infantile, le trafic de drogue ou encore le rôle de certaines jeunes filles qui deviennent la « maman » de leurs petits frères. J’avance un peu plus lentement sur ce projet, car j’ai commencé l’écriture de ce manuscrit au moment où j’ai entamé mes études supérieures, mais le projet progresse.

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