Poétesse, écrivaine et romancière marocaine installée en France, Laila El Mellis fait de l'écriture un espace d'expression où se croisent mémoire, identité et transmission. Diplômée en langue et littérature arabes de l'Université Moulay Ismaïl de Meknès, elle est membre fondatrice du Forum des poètes de la diaspora à Paris et participe activement à la promotion de la culture arabe en France. À travers ses recueils de poésie et son œuvre littéraire, elle porte un regard sensible sur l'exil, les liens humains et l'attachement aux racines.
E-Taqafa : Comment est née votre passion pour la poésie ?
Laila El Mellis : Lorsque j’étais adolescente, je recherchais la solitude et le retrait pour me livrer à l’introspection et réfléchir aux raisons de notre existence. Cette question existentielle, que je me posais déjà à cet âge, a été la clé qui m’a ouvert les portes de l’écriture. Mes premières lectures étaient principalement consacrées à la littérature et à la poésie arabes, ainsi qu’à l’art en général. Dès l’âge de quatorze ans, ma passion pour la poésie est alors née, d’abord comme une manière de comprendre le monde, puis comme un moyen de me comprendre moi-même et d’exprimer ce qui est difficile à dire autrement.
E-Taqafa : Que représente le Maroc pour vous?
Laila El Mellis : Le Maroc représente pour moi la nostalgie de cette terre sur laquelle j’ai marché pieds nus, simplement pour pouvoir la sentir et rester en contact avec elle. Il est profondément présent dans mes textes. Lorsque je parle de mon père ou de ma mère, je parle aussi du Maroc, de ses valeurs, de sa patience, de sa discipline, mais aussi de ses traditions, à travers le pain préparé par ma mère, ses habits, ses parfums ou encore ses larmes au moment de me dire au revoir.Le Maroc est ainsi présent dans mon écriture comme une mémoire, une terre, une famille et une identité.
E-Taqafa : Pourquoi les thèmes de la mémoire et de l’exil sont-ils si présents dans vos œuvres ?
Laila El Mellis : Lorsque j’écris, je ne choisis pas toujours un thème. Je laisse plutôt les mots venir à moi, et la mémoire et l’exil sont peut-être aussi présents dans mes textes parce qu’ils appartiennent à mon inconscient, à cette part secrète de moi qui crée.L’exil n’est pas forcément un lieu : il peut être intérieur, un exil de l’âme. Lorsque l’on est loin des êtres que l’on aime ou déraciné, on cherche un refuge, et pour moi, ce refuge est souvent la mémoire.
E-Taqafa : Quel rôle joue la poésie dans votre vie aujourd’hui ?
Laila El Mellis : La poésie a toujours été une source d’inspiration profonde pour moi, comme une force qui permet à mon cœur de continuer à battre. C’est le seul moyen que j’utilise pour exprimer ce que je ressens au plus profond de moi, au-delà des mots ordinaires, parfois même lorsque je ne parviens pas à le dire autrement.La poésie est aussi mon fidèle ami. À travers elle, je trouve une présence, une écoute et un espace pour confier mes joies, mes douleurs, mes silences et tout ce que je porte en moi.
E-Taqafa : Comment vivez-vous votre engagement au sein du Forum des poètes de la diaspora à Paris ?
Laila El Mellis : Mon engagement au sein du Forum des poètes de la diaspora à Paris est né d’un sentiment d’exil. Écrivant exclusivement en arabe et étant arrivée à Paris avec un diplôme de littérature arabe, je me demandais avec qui partager ma passion pour cette langue et pour la poésie. Quelques années plus tard, nous avons créé un cercle de poètes dédié à la poésie et à la langue arabes, qui est progressivement devenu un forum réunissant des poètes du Machrek et du Maghreb. Pour moi, le Forum est aujourd’hui un espace de partage, de rencontre et de transmission, mais aussi un moyen de faire vivre la langue arabe et sa poésie au sein de la diaspora.
E-Taqafa : Pourquoi avoir choisi de publier le roman « Quand le silence parle » après plusieurs recueils de poésie ?
Laila El Mellis : J’ai écrit les premiers paragraphes de « Quand le silence parle » dès 2014, mais le livre n’a finalement été publié qu’en 2026. Je pense que je n’étais pas encore prête à le terminer. Contrairement à la poésie, une nouvelle ou un roman demande davantage de temps pour laisser l’histoire mûrir, développer les personnages et retravailler le texte. C’est sans doute ce qui s’est passé avec « Quand le silence parle » : l’œuvre a attendu que je sois prête à lui donner véritablement naissance.

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