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Exposition "Douce mémoire" de Charaf EL GHERNATI
L’émigration est un exil choisi
Vernissage de l'exposition «Douce Mémoire» de Charaf EL GHERNATI
Article proposé par Moulin Elaroussi

Professeur à la Faculté des lettres et des sciences humaines Ben M’sik, Casablanca.
Commissaires des expositions, responsable pédagogique à l’école des Beaux-arts de Casablanca, auteur et critique d’art.

Des Arts&Désert

Merzouga

Liste des artistes

Othman Fikraoui, Hasna Saber, Bouzid Bouaoud, Abderrahim Faridi, Samira Badou, Mohsin Haraki, Amine El bekri, Khadija Idmoihin, M’barek Bouhchichi, Smaïl Bouanani, Bilal Chrif, Farah Oubaid, Ahmed Rachidy.

"Il était une fois treize artistes venus d’Orient et d’Occident, rassemblés sur le site de Merzouga…"

Ainsi commence le récit d’une aventure artistique peu commune. On a choisi de sortir des sentiers battus de la création artistique au Maroc, de quitter les espaces traditionnels et d’innover ; voilà le mot. Sortir du cadre traditionnel, c’est sortir de l’atelier, de la galerie, du mur, là où traditionnellement les œuvres sont accrochées et sortir donc de la ville. Il faut faire un travail extra-muros. Sortir dans la nature, mais où ? Le désert !

Sortir dans la nature cela voudrait dire se défaire de la culture. Voilà ce qui sonne romantique. Les artistes romantiques ne sont-ils pas célèbres par leur sortie dans le plein air? Le désert est-il si naturel qu’on le pense ? Il est culturel par excellence. Ici surgit le premier point de l’opération. Une annonce dans les médias au Maroc qui spécifie que l’on organise une action artistique dans le désert que des jeunes artistes sont appelés à envoyer leurs projets et que la problématique tournait autour du désert dans sa dimension végétale, minérale et sonore. Qu’il ne s’agissait pas de restituer le désert par le moyen traditionnel de la représentation (peinture, photographie, vidéo ou autres..) mais le prendre en  tant que support de travail. Le désert est donc devenu toile, scène et espace d’action.

Les artistes ont été sélectionnés selon leurs projets et leur capacité à contourner les difficultés du désert. Après six mois de travail et d’affinement des concepts, l’on a procédé à l’élaboration de maquettes approximatives. Les projets variaient entre l’installation, la vidéo et la performance. Le choix s’est fixé sur deux sites, le premier plat, noir, fait de pierres et est donc rude difficile et agressif. Le deuxième, fait de sable mou mais immense et imprenable.

Les artistes ont décidé de travailler dans ces deux sites selon deux  concepts : la contradiction ou l’intégration. Soit débarquer avec des éléments étrangers à l’environnement, soit s’intégrer totalement et puiser ainsi dans le site pour reformuler autrement la nature sans toutefois l’agresser. Ou encore rêver d’une vie exceptionnelle dans le désert aride et rude. Là les travaux ont donné lieu à des jeux extraordinaires.

Sur le premier site, le mirage et le miroitement ont retenu l’attention de quelques artistes. Une installation entièrement en plexiglace (Othman) et une plantation de miroirs géants reflétant des éléments disposés d’une manière particulière (Hasna), avaient l’air de restituer une vie magique dans ce vide absolu. Un peu plus loin, Bouzid a mis en place l’installation d’un ensemble infini de petits monticules en sable, pierres et plâtre. Elle montrait combien est courageuse la nature qui inlassablement lutte contre la désertification. Une métaphore de la lutte entre la vie et la mort. Cette vision est opposée à celle d’un champ de nénuphars en carton épais proposé par Faridi et planté à perte de vue. L’artiste voulait dire l’abondance du désert et le goût de la vie dans ce lieu pourtant rebutant. Les réalisations sont étalées sur un vaste espace. Afin de s’y retrouver Samira a conçu un itinéraire fait de signalisations géantes. En le suivant on se retrouvait devant une infinité de cercles de quatre mètres de diamètre chacun, dessinés sur le sol, par Mohsine, et qui s’étendaient à l’infini. Là nous sommes plutôt dans la dimension spirituelle de ce lieu. Non loin de ces cercles initiatiques, Amine a tracé un chemin qui part du site et rejoint le soleil ; une façon de s’élever au niveau de la lumière.

Mais le désert n’inspire pas que cela. Il crée en nous aussi cette envie de crier de laisser s’échapper la voix et de l’entendre s’évanouir dans le néant. Ce sentiment crée une volonté de jouer. Une installation de pierres géantes, œuvre de Khadija, reprenait les jeux d’enfants qui dés qu’ils se retrouvent à la compagne renouent avec l’instinct primitif de manipuler la pierre. Une autre, complètement labyrinthique faite de paille locale, invitait à une chaleur particulière elle portait la signature de Bouhchichi. Non Loin de là, Smaïl a créé une piscine en se payant le goût malin de l’appeler Marzouga beach. En face de cette petite étendue d’eau voguaient quelques quatre cents petits bateaux confectionnés en papiers bristol par Bilal et dédiés à toutes les caravanes du désert qui fut autrefois une immense mer.

Comme s’il fallait plus de gaieté et de joie dans cet espace lunaire et monochrome, ce fut le rôle de Farah et Rachidy. La première a ajouté les trois couleurs primaires en y plantant trois mille ballons gonflables. Une véritable épreuve de gonflage, ensuite de conservation contre les intempéries car l’œuvre devait rester au moins une journée. Quant au deuxième il a mis en place, grâce aux cordes et aux poteaux trouvés sur place, un véritable parc de jeux. Une cinquantaine de balançoires laissées à la guise du vent, car souvenez-vous il était question aussi de la dimension sonore.

L’inauguration qui s’est faite entre gens de l’équipe et pour le plaisir des photographes, des cameramen et des preneurs de son était un véritable moment de jeux. À l’instar des châteaux de sable que construisent les enfants sur la plage, ces œuvres ont été défaites. Seule l’image les conserve.
Sur le deuxième site le problème était autre. Nous sommes arrivés à la veille d’une tempête. Nous avons fait les repérages et arrêté un lieu de travail. Le lendemain la configuration de la dune avait totalement changé, sa couleur aussi. La journée a donc été consacrée à la préparation du matériel. Nous avons concentré tous les travaux sur le même lieu. Ceci nous a aidés à vaincre les difficultés du déplacement et la voracité du sable. Nous avons remarqué que beaucoup d’objets disparaissaient avant de découvrir que c’était le désert qui les avalait.

Curieusement la totalité des travaux était marquée par la spiritualité. Bouzid et Mohsine, se sont fabriqué des doubles l’un noir l’autre blanc et se sont livrés à des monologues intérieurs tels des ermites mystiques. Bilal a installé des échelles dressées en direction du ciel comme pour s’élever vers le firmament. Faridi et Samira ont choisi de travailler sur les labyrinthes en plantant quelques huit cents girouettes de trois mètres de hauteur et des milliers de roseaux ceinturés par une longue corde dans une tentative d’embrasser le désert, le couver et le ramener vers soi. Sur deux collines l’une en face de l’autre, Bouhchichi a essayé de capter le vent à l’aide de tubes géants et en canalisant le sifflement afin qu’il s’amplifie.  Othmane, quant à lui, a mis en évidence la tourmente de tout voyageur dans le désert en installant quelques kilomètres de fil de cuivre attachés à des poteaux ; les fils étaient complètement mêlés. Il demandait aux passants de venir découvrir le bout du fil.

Après l’opération, nous avons soigneusement défait les œuvres, nettoyé le site, et quitté les lieus avec nos œuvres dans le boîtier de l’appareil photographique de Michel Teuler et dans les cassettes vidéo, de Catherine et abdelilah Hilal, ainsi que sur les bandes sonores prises par Simo. L’équipe audiovisuelle s’est ensuite mise au travail du montage pour que notre travail soit visible au public cinq mois après. La direction artistique était assurée par Kenza Benjelloun et Moulim El Aroussi.

Cette opération porte le nom de DES ARTS&DESERT.

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