Mohamed Choukri

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Mohamed Choukri voit le jour en 1935 à Aït Chiker, un petit village amazigh du Rif près de Nador.

À l’âge de sept ans, la terrible famine, provoquée par la sécheresse et la Seconde Guerre mondiale, force sa famille très pauvre à émigrer à Tanger. Son père était un déserteur de l’armée espagnole, autoritaire, violent et incapable de trouver un travail qui puisse contribuer à soutenir sa famille. À cause de cela, sa mère, qui n’osait jamais l’affronter, devait vendre des légumes et des fruits. Le petit Mohamed devait alors faire face à l’imparable violence de son père qui frappait habituellement toute sa petite famille. En plus du diktat du père, l’enfance de Mohamed est accompagnée en permanence par le fantôme de la faim. Cette hantise qui fait de tout enfant, un adulte prématuré.

Ainsi à l'âge de onze ans, il s’enfuit du foyer familial et devient un enfant des rues à Tanger. Il vit alors dans les quartiers les plus pauvres de la ville, côtoyant la misère, la violence, la prostitution et la drogue.

Un jour il est arrêté lors d’une bagarre dans un bordel et emprisonné par la police espagnole qui occupait Tanger à l’époque. Pendant le temps passé derrière les barreaux, un de ses amis lui apprend à lire et à écrire sur le mur de la prison. Ce même ami lui donne une lettre de recommandation pour une école primaire à Larache. Ainsi à sa sortie de prison, Choukri commence son apprentissage qui le sortira de l'analphabétisme à l’âge de vingt ans.

Il commence à être publié dès 1966 dans la revue libanaise « Al-adab » avec la nouvelle « Al-Unf ʿala al-shati ». Dans le Tanger cosmopolite des années 60, il fait la connaissance de Jean Genet, Tennessee Williams et Paul Bowles. C’est d’ailleurs ce dernier qui traduit son livre « Al-khoubz Al-Hafi » en anglais (« For Bread alone », Peter Owen editions) en 1973. Ce récit autobiographique deviendra un succès international et sera traduit en français par Tahar Ben Jelloun en 1980, puis publié en arabe en 1982 mais il fut   interdit au Maroc jusqu’à 2000. Il obtient le prix de l'amitié franco-arabe en 1995.

Le 15 novembre 2003, Mohamed Choukri s’éteint à l'hôpital militaire de Rabat des suites d’un cancer. Il est inhumé au cimetière Marshan à Tanger en présence du ministre de la culture, de hauts fonctionnaires, de personnalités du monde de la culture et du porte-parole du palais royal. Son décès a laissé un vide immense dans le monde littéraire maghrébin.

Avant de mourir, il fit bénéficier sa domestique Fathia, qui passa près de 22 ans à travailler pour lui, d'une pension à vie. A Tanger, les gens parlent encore de lui comme d’une légende.

 

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