Rencontre avec Fatima Mernissi

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Fatima Mernissi, écrivaine et sociologue marocaine

e-taqafa : Comment décrirez-vous la situation de la femme marocaine aujourd’hui ?

Fatima Mernissi : La situation de la femme a changé radicalement. Plusieurs changements sont constatés. Le premier est l’accès de la femme marocaine aux médias, les femmes occupent actuellement plusieurs postes de responsabilités et elles sont plus nombreuses que les hommes dans ce milieu. Le second est l’accès des femmes aux postes de Wali et de Maire. Le troisième est l’accès de la femme marocaine à l’espace public que je considère stratégique car il concerne les femmes sans diplômes c'est-à-dire celles qui tissent et cuisinent. J’ai remarqué, puisque je travaille dans les quartiers populaires comme Yacoub El Mansour à Rabat, que les vendeuses de « msemen » (les crêpes marocaines) se mettent à l’extérieur désormais pour vendre leurs marchandises aux clients tandis qu’avant leur travail se faisait dans les cuisines et ce sont les hommes qui s’occupaient de la vente. La femme ne touchait pas directement l’argent de son travail. Il est de même pour les tisseuses de tapis au Moyen Atlas et notamment à Khémisset, ce sont les femmes qui vendent leur tapis dorénavant directement dans la rue et ne confient plus cette tâche aux hommes comme c’était le cas auparavant. Il est évident que cette émergence des femmes a été accélérée par la volonté royale qui a propulsé le statut de la femme en tant que citoyenne notamment à travers les changements de la moudawana. Enfin, il ne faut pas oublier le rôle des oulémas et des hommes féministes.

e-taqafa : Avez-vous des exemples de femmes marocaines influentes actuellement ?

Fatima Mernissi : Un symbole de l’émergence de la femme citoyenne propulsée par la Moudawana est la princesse Lalla Salma, qui, en plus d’être l’épouse du Monarque, elle s’active sur plusieurs plans. C’est cette émergence des femmes comme citoyennes indépendantes qui exercent leurs fonctions scientifiques ou politiques ou civiques qui fait la richesse du Maroc. Il n’est donc pas surprenant de voir des jeunes communicatrices comme Mbarka Bouaida, Charafat Affilal qui n’ont aucune difficulté à éblouir les Marocains par leur art du dialogue.

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