Rencontre avec Fatima Mernissi

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Fatima Mernissi, écrivaine et sociologue marocaine

e-taqafa : Comment la femme marocaine est perçue par la société ?

Fatima Mernissi : L’homme est violent et la femme est douce telle est la perception classique de la société et pourtant il faut se méfier des stéréotypes. J’évoque le cas de mes parents, c’était en fait ma mère d’origine rifaine qui était violente et non pas mon père. Dans l’histoire du Maroc et d’après les textes de « Jean Léon l’africain » qui n’est autre que Hassan El Ouazzani, dans « Description de l’Afrique », traduit de l’Italien par Alexis Epaulard, Adrien-Masonneuve, Paris 1956, les femmes de Fès au 16ème siècle sont décrites comme étant des femmes violentes qui poussaient les hommes dans les souks. Dans les familles fassies, ce sont les femmes qui dirigent la famille et non pas l’homme. On les voit d’ailleurs dans certains films ou téléfilms notamment dans les rôles interprétés par Amina Rachid et Hammadi Amour dans le téléfilm « Rhimou ». Les femmes fortes qui dominent n’est pas le cas de Fès uniquement. Dans les régions de Souss, j’ai découvert lors de mes voyages que les femmes écoutent silencieusement les hommes pour les dominer. Pour elle, l’écoute c’est le pouvoir. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les femmes de cette région ont émergé comme d’excellentes femmes d’affaires. Il est important de mentionner également qu’actuellement, la société perçoit la femme marocaine différemment puisqu’elle est devenue indépendante matériellement et ne dépend plus de l’homme.

Fatima Mernissi
Photograph : Manuel H. De Leon/EPA

e-taqafa : Comment faut –il réagir pour que la femme acquière tous ses droits ?

Fatima Mernissi : D’abord, il faut accorder une importance majeure à l’éducation des enfants, les enfants des femmes citoyennes devraient avoir une conception correcte de la femme. Les univers clés pour les femmes dans leur lutte sont : l’école primaire, le parlement et les métiers de la justice. Il faut que les femmes accèdent massivement à ces trois milieux d’éducation et de prises de décisions.

Propos recueillis par Fatiha Amellouk

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