Rencontre

La peinture est un espace où les souvenirs continuent de vivre

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L’abstraction côtoie des figures subtile­ment esquissées, parfois en filigrane qui émergent puis se dissipent. Le travail de Aaouina se déploie dans un dialogue constant avec la matière où les composi­tions sont construites par un jeu délicat entre texture et couleurs. L’œuvre conserve la mémoire du geste pictural et celle de l’artiste.

RENCONTRE

e-taqafa : L’acte de peindre est essentiel pour vous ?

Mohamed Aaouina : L’acte de peindre est fonda­mental dans mon quotidien. Il engage le corps et la pensée, dans un rapport direct à la matière. Peindre c’est être présent, ac­cepter le risque, l’accident, le temps long. Le geste laisse une trace, une mémoire vi­sible dans l’œuvre. C’est dans cet acte que la peinture prend sens, avant toute inter­prétation.

e-taqafa : Votre démarche artistique en quelques étapes ?

Mohamed Aaouina : Ma démarche commence souvent par une phase d’observation et de silence. Ensuite, vient le travail de la matière, par couche, ajouts et effacement. Le geste se construit dans le temps, sans plan figé. Je laisse une place importante à l’accident et à l’intuition. L’œuvre se révèle progressivement, dans un équilibre entre contrôle et lâcher-prise.

e-taqafa : Qui sont les artistes qui vous ont marqué ?

Mohamed Aaouina : De nombreux artistes ont marqué mon parcours et inspiré mon tra­vail. Toutefois, je citerai Michel Basquiat. Son travail m’a profondément touché par sa liberté et son intensité. Il a su faire dia­loguer le geste, le texte et la peinture sans compromis. Son œuvre affirme une ur­gence, une nécessité vitale de créer. Cette énergie brute continue de résonner dans ma propre pratique.

e-taqafa : La matière est au centre de votre création, pourquoi ?

Mohamed Aaouina : La matière est au centre de ma création car elle est essentielle pour moi. Elle me permet de traduire le geste, le temps et l’énergie du corps. À travers elle, la peinture devient vivante, presque physique. La matière garde la trace des couches, des tensions et des silences. C’est elle qui donne sa profondeur et sa vérité à l’œuvre.

e-taqafa : Comment obtenez-vous l’équilibre entre la matière et la lumière ?

Mohamed Aaouina : L’équilibre se construit dans le dialogue entre la matière et la lumière. La matière apporte le contraste, la densité et la profondeur. La lumière, elle, vient ensuite, elle circule et révèle les reliefs. Je ne les op­pose pas, je les laisse se répondre. C’est ce mouvement qui crée la tension et l’harmo­nie de l’œuvre.

e-taqafa : Le choix des couleurs rejoint des thèmes précis ?

Mohamed Aaouina : Absolument. Le choix des couleurs est toujours lié à des thèmes précis. Chaque couleur porte une charge émotionnelle et symbolique. Elles accom­pagnent les tensions, les silences ou les éclats présents dans l’œuvre. La couleur devient un langage à part entière, au ser­vice du sens.

e-taqafa : Des toiles entre abstraction et semi-figuration, pourquoi ce choix ?

Mohamed Aaouina : J’ai choisi un langage entre abstraction et semi-figuration car il me per­met de suggérer sans imposer. L’abstrac­tion ouvre un espace de liberté, d’émotion et de mouvement. La semi-figuration, elle, crée un point d’ancrage, une résonance avec le réel. Cet équilibre invite le regar­deur à projeter sa propre histoire et sa sen­sibilité. C’est dans cette tension que mon travail trouve sa justesse et sa profondeur.

e-taqafa : Certaines créations suggèrent une scène ou un message, est-ce le cas ?

Mohamed Aaouina : Il y a toujours des messages dans mes créations. Ils ne sont jamais im­posés, mais suggérés. Certaines œuvres évoquent des scènes, d’autres restent plus ouvertes. Le message se révèle à celui qui prend le temps de regarder. Il faut parfois l’intercepter, si l’on y parvient.

e-taqafa : Les couleurs de la terre dans vos toiles, est-ce un rappel de l’éloignement de la terre d’origine ?

Mohamed Aaouina : Les couleurs dans mes toiles sont liées à des souvenirs d’enfance. Elles portent une mémoire intime et émotionnelle. Ces couleurs surgissent naturellement au fil du travail. Elles traduisent une sensation vécue plus que des lieux précis. La peinture est un espace où les souvenirs continuent de vivre.

e-taqafa : Comment votre installation en France a influencé votre travail artistique ?

Mohamed Aaouina : Mon installation en France m’a permis de rencontrer de nombreux artistes, notamment en région parisienne. Ces échanges ont été très importants pour moi et je leur en suis reconnaissant. Ils ne m’ont pas influencé directement, mais nous avons partagé des regards et des ex­périences. Je parlerai plutôt d’un mariage culturel, fait de dialogue et de résonances. Cette richesse humaine a nourri mon travail sans jamais le détourner de son essence.

e-taqafa : Que représente pour vous cette exposition à l’Espace Rivages ?

Mohamed Aaouina : Cette exposition à l’Espace Rivages est un moment de partage et de reconnaissance. Elle marque une étape importante dans mon parcours artistique. C’est un lieu de rencontre entre les œuvres, les regards et les cultures. Présenter mon travail ici donne un sens au chemin par­couru. Cette exposition ouvre aussi un espace pour l’avenir et le dialogue.